Je dors bienheureuse dans les bras de Morphée. J’eusse préféré dans d’autre bras, mais bon, c’est le lot de certains d’utiliser Morphée par défaut (en même temps, c'est bien un homme Morphée, donc... )
Soudainement, je sens un poids immense choir sur mon estomac, enfin, un poids réparti en quatre points définis, mon cerveau embrumé analyse immédiatement, non, c’est n’est pas le toit qui tombe sur mon bide mais bien vingt deux kilos de noirceur poilue qui me sautent dessus pour signifier le réveil cause besoin urgent.
Morphée je t’adorais, Hermès je te hais.
Je glisse un pied dans un éventuel chausson bienveillant, qui ne rejoindra jamais mon pied d’ailleurs.
Au diable la bienveillance du chausson.
Je m’extirpe de mon douillet lit et surtout des douze pattes, six têtes et corps de schipperkes encombrants.
Je me meus avec lenteur mais détermination vers la porte fenêtre pour laisser aller à son envie, Hermès et tous ces autres satanés noirs qui sont aussi rapidement sur pattes pour sortir que je suis aussi lentement réveillée pour les conduire vers le Graal, pipiiiiiiiiiiii.
OK, cessez donc de me bousculer, inutile d’aboyer Yoyo, vous allez sortir, c’est bon.
Il est cinq heures du matin.
Mes neurones embrumés, juste capables de me guider pieds nus vers la sortie, me ramènent illico vers ma couverture douillette. Que c’est bon la chaleur.
Franchement, démerdez-vous les chiens , et le chat évidemment, je retourne au chaud.
QUINZE minutes plus tard, grattages intensifs, miaulements abusifs, aboiement intempestifs, je me dirige à nouveau, sans chausson bien sûr, pour rouvrir la porte aux poilus souhaitant revenir se la couler douce auprès de moi.
P’tin, ces cochons sont tous trempés, il pleut dehors et ils se sèchent contre moi.
Je les hais.
Je renfouis mon corps au plus profond de ma couverture, en évitant les poils mouillés sur mon nez.
Pff.
Aboiements, je n’en ai cure, fermez la un peu, que je jouisse de mon lit douillet.
Re-aboiements.
Cessez donc, vous dis-je !
Calme plat, nickel.
Heu… ce calme, c'est pas logique, je recherche d’un pied… et de l’autre, un chausson invisible, l’autre aussi d’ailleurs. Je me dirige au jugé vers ce fichu bon sang d’interrupteur et j’interroge le monde des vivants, c’est à dire huit paires d’yeux qui me regardent avec insistance.
8
HUIT ?
Manque deux yeux, bon sang, où sont-ils passés.
Il est 6h15, j’ouvre totalement mes globes oculaires , tentant quasi vainement qu’ils se connectent à des neurones personnels toujours endormis, ben oui, je ne suis pas du matin.
Il manque donc une paire d’yeux, bon sang.
Je heurte un chausson, ouf, au moins un pied au chaud, sous le regard goguenard de Sourikat le chat qui ne comprend toujours pas la raison pour laquelle l’humain est livré sans coussinet bien pratiques.
Sourikat, file !
Digne de Columbo, je trouve le second chausson, je sors dans le froid la bise et LA PLUIE, il me manque une paire d’yeux (et ce qui va avec, évidemment).
Je siffle, j’appelle, j’éclaire au plus loin possible, rien, MAIS RIEN du tout.
Je fais le tour de la maison congelée (pas la maison hein, mais moi, congelée).
Rien, NADA, bordel, où est passée HERMÈS !!!
Mon cerveau relativement embrumé jusque là se débloque d’un coup, tout passe dans ma tête, trop d’idées se heurtent et m'envahissent, je me sens défaillir, où est donc passé Hermès ?
Je rentre à l’intérieur, espérant qu’elle soit profondément endormie, je fais le tour de la maison, à l'intérieur, RIEN.
L’extérieur rien.
N’écoutant que mon courage , à cette heure il m’en faut, je prends des chaussettes (ça peut servir), ma lampe et j’entre dans l’auto pour aller voir plus loin, plus bas, plus haut.
Mon cerveau erre dans tous les sens, probablement comme cette peste de noirpiaute poilue.
Bon sang, il est maintenant plus de 6h45 et toujours rien.
Je hèle, j’éclaire, je klaxonne : QUE DALLE.
Je titille mon téléphone pour appeler à l’aide, on ne sait jamais, y’a des lève-tôt dans mes contacts proches.
Tu parles, le téléphone me dit bzzz et s’éteint, plus de batterie. Re grrr.
Je prends la quatrième route, j’en suis à plus de 25km dans la nuit, et là, je vois, dans la lumière de ma lampe , Damoiselle Hermès, pas très zen, trempée.
Je m’arrête sur le bas coté, elle a entendu ma voix mais la voiture c’est pas du tout son truc, ça pue, ça pollue, ça fait peur et comble de malchance, deux autres véhicules arrivent derrière moi, elle fuit à pattes rabattues.
Tout va bien, elle n’est pas loin, je tente après 3km de route pour faire demi tour et aller la rechercher à l'endroit où elle m'est apparue.
Ici, les routes de campagne, pour les demi-tours, on oublie, on n’est pas à Paris ni en banlieue Isarienne, voire chez les Aubois… Ici on est champions de marche avant jusqu’à un éventuel croisement.
Du coup, je reviens sur mes pas, nulle trace de la Noire poilue trempée.
Je reviens à la maison, je prends Nonmaisho, à pied ce coup ci, je mets mes bottes, pas celles des sept lieux, ça ne marche pas, je mesure juste la taille normale, pile entre un mètre et deux mètres, et j’ai mis le GPS à Nonmaisho, on n’est jamais trop prudent.
J’arpente, tel un géomètre expert, la campagne et la route en appelant.
RIEN, NADA, jusqu’à ce que j’entende au loin des hurlements, vous savez, c’est purement les « AU SECOURS », je suis perdue.
Nonmaisho m’échappe, file vers la maison.
Je la suis, je m’embourbe dans le champ, je cours, je vole et là, qui vois-je, Hermès devant le portail en train de hurler parce que le portail est fermé…
…
…
Nonmaisho toute fière : t’as vu, je l’ai retrouvée…
Je félicite tout le monde... et franchement, il est 7h52, je retourne au lit.
Je crois bien que les gouttes homéopathiques qu’on lui file pour le stress la dopent, je vais probablement réduire les doses, qu’en penses-tu Sandrine ?
PFFF.
Une retraite tranquille quoi…
Allez, bonne nuit, moi je retourne au plumard, il est huit heures du matin et ... je suis nase.
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